Chapitre 11 : Entourage

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Chez mes parents, Paris, 1997

— Alors cette rentrée ? Ça s’est bien passé ?

— La classe a l’air sympa. La prof principale aussi. On est beaucoup quand même !

— Montre-moi ta liste de classe.

— Tiens. Tu vois, ça ne tient même pas sur une seule page !

— 5. On dirait qu’il y a 5 Chinois.

— Pourquoi tu comptes le nombre d’élèves Chinois à chaque fois ? Je ne vois pas l’intérêt ! Ça change quoi de toute façon qu’il y en ait 2 ou 10 ?

— C’est par curiosité c’est tout. 3 filles Chinoises et 2 garçons Chinois. Lui, il est peut-être Vietnamien, je ne suis pas sûr.

— Vous êtes vraiment bizarres !

* * *

Nous ne sommes pas seuls. D’autres sont là et portent par leur simple présence quelque chose de rassurant. Me savoir entourée de camarades asiatiques a toujours revêtu pour mes parents un aspect réconfortant. Je n’ai jamais vraiment su ce que cela représentait à leurs yeux : la croyance que je pourrais me faire des amis plus facilement, l’assurance que je ne serai pas la seule excentricité de la classe, l’apaisement de savoir que d’autres avaient fait le même chemin que nous, la joie de se pouvoir se relier à un bout de communauté ou encore l’espérance d’une solidarité entre pairs ? Toutes les hypothèses paraissaient plausibles. Aucune d'entre elles ne m'a jamais été confirmée. 

Près de 40 ans après leur arrivée en France, le réflexe de recenser le nombre d’asiatiques ne les a pas quittés. Leur réaction gagne en ambiguïté, à mesure que le compte s'amenuise. « Nous sommes les seuls asiatiques ici. ». Derrière ce même constat, deux possibilités - le malaise : « Devrions-nous être là ? » ou la fierté : « Nous fréquentons les mêmes endroits que les blancs. ». L'interprétation restera la plupart du temps, un mystère non élucidé.

La tristesse que j’éprouvais à les voir s’identifier comme différents avant tout, a progressivement laissé place à un certain amusement. Je compris que cette attitude n'était pas la manifestation d’une intégration mal aboutie, mais l'invocation inoffensive d'une identité asiatique, que la vie en France n'avait pas arrachée. Ces calculs anodins n’étaient ni plus, ni moins que des cordes de rappel à leurs origines.

J'ai longtemps cru ne prêter aucune attention à me savoir l’unique asiatique ou au contraire l’une parmi d’autres. L’environnement cosmopolite qui m'a vue grandir, avait tôt fait de m'exonérer de ces comptes. La diversité était ordinaire et les gens de couleur nombreux. L'origine était un attribut tout à fait secondaire dans l'identité d’une personne, comme dans celle d’un collectif. Elle n’était en soi ni un sujet digne d’intérêt, ni un moyen significatif de caractérisation.

Affirmer que cela n’ait joué aucun rôle dans mes dynamiques amicales serait en revanche trop dire. Force est de constater qu'une petite, mais néanmoins établie, majorité de mes amis sont comme moi, enfants d'immigrés. Et si cela ne relève pas du choix conscient, on ne peut pas pour autant affirmer que cela soit un hasard complet.

Quelles que soient nos origines et nos parcours, nous partageons en filigrane la multiplicité des repères. Nos cultures traditionnelles, nos questionnements identitaires et nos voyages de reconnaissance offrent un terreau fertile à nos amitiés. Il nous faudra par la suite les cultiver, les forger - mais l'entente des premiers moments est a priori donnée. La connivence tacite qui nous mène les uns vers les autres précède les discussions qui auraient pu la justifier. 

Alors, comme mes parents, j'ai pris l'habitude de faire mes repérages. Leur réflexe arithmétique aura fini par me rattraper, prenant au passage la liberté de deux nuances. 1/ Le périmètre : mon calcul rajoute au nombre d'asiatiques, la somme de tous les autres métissés. 2/ Le décompte : je tends à remarquer ce qu’il manque, plutôt que ce qu’il y a. Le résultat s'énoncera donc sous une autre forme que celle précédemment employée : « Zéro. Il n’y a pas une seule personne de couleur ici ! ». À l’image de mes parents qui remarquent d'emblée les asiatiques au sein d’une assemblée, j'ai pris pour habitude de repérer aussitôt les groupes privés de toute hétérogénéité.

Le constat survient comme pour me prévenir d'un équilibre à ne pas perturber ou de l'éventualité d'un rejet. Par automatisme, je ferai en sorte de m'en écarter Je privilégierai en place les atmosphères bigarrées et les cercles composites. Car de ces entourages germent l'espérance de l'inclusion et les contours d'une communauté. Une communauté plus large, plus grande, plus ouverte. Une dans laquelle les calculs céderont leur place, pour que je puisse enfin y faire la mienne.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice