Chapitre 20 : Laissez-passer

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Au téléphone, Paris/Hong Kong, 2016

— Et les parents, ça va ?

— Oui ça va. La routine, quoi.

— Franchement, je ne comprends pas pourquoi ils ne profitent pas plus de leur vie. Ils sont encore jeunes, en bonne santé. Financièrement, on est là pour les aider. Ils pourraient profiter du fait qu’on soit autonomes et indépendants pour voyager et se faire plaisir.

— Mais eux ne le sont peut-être pas autant qu'on le pense.

— Pas autant quoi ?

— Autonomes.

— Ouais, enfin à mon avis, le blocage est surtout dans leur tête.

— Oui, c’est sûr... quoiqu’il arrive, appelle-les de temps en temps, ça leur fera plaisir.

* * *

Nous aimerions leur faire plaisir. Ou bien qu’ils se fassent plaisir. Après avoir gagné notre indépendance, mon frère et moi avons souhaité que nos parents goûtent aux fruits de leurs efforts. Nous avions à coeur de leur offrir l'espace et les moyens pour qu'ils profitent pleinement de leur vie. La cagnotte que nous agrémentions n'était malheureusement que rarement mise à profit. Il nous parût vite évident que l’argent ne suffirait pas à les rendre hédonistes. Les événements de leur histoire avaient ancré chez eux la frugalité permanente et la prudence constante. Une intériorisation telle que tout revenu additionnel se transposait davantage par de l'épargne dormante, que par une amélioration tangible de leur quotidien.

Il fallait nous y prendre autrement. Afin d'embellir leurs journées de manière plus directe, nous avons rajouté au support financier, mille petites attentions : restaurants, voyages, spectacles,… Sous leurs déclinaisons concrètes, nos contributions étaient plus à même d'agrémenter leur ordinaire. Chaque cadeau était l'opportunité d’agrandir le champ des possibles. Il n’a jamais été question de luxe, si ce n’est celui de ne plus avoir à s’inquiéter. Tout excès aurait été de toute façon mal accueilli par mes parents qui, un peu par contrainte et sans doute par sagesse, ont appris à se passer du superflu. Notre émancipation permettait simplement de leur ouvrir des portes qu'ils n'auraient pas poussées par eux-mêmes. En les invitant à fréquenter de nouveaux espaces, nous voulions les convaincre qu’ils avaient le droit et la chance de profiter de la ville et de la vie, comme tout à chacun. Une stratégie un brin plus efficace, dont ils se saisiront avec timidité.

Comme mon frère, je m'attristais de leur difficulté à s'abandonner aux plaisirs, dont on savait pourtant qu'ils en tiraient grande joie. Parce que leur stabilité et leur confort se sont gagnés au prix de renoncements, l'épanouissement fut relégué à une place secondaire dans la liste de leurs priorités. Il y aura désormais une assimilation, pour ne pas dire une confusion, entre la posture de sacrifice et les bienfaits escomptés. Se faire plaisir serait un laisser-aller accessoire sur la route d’un avenir meilleur. Leur autocensure n'en finissait pas de les empêcher. J'avais peine à les voir s'enfermer entre des murs qu'ils avaient eux-mêmes érigés. Avec l’incompréhension et l’impatience, mes incitations vers plus de joie devenaient de véritables injonctions au plaisir : “La voie est libre. Profitez, enfin!”. L’attitude coercitive pour les mettre en mouvement a sans surprise échoué.  

Il nous fallait changer de stratégie. Plutôt que leur donner accès à un large champ d’activités, mon frère et moi les avons conviés aux nôtres. Ces moments de partage ont joué un rôle fondamental dans l’évolution de leur posture. Au fur et à mesure de nos promenades et de nos découvertes, les défenses et les barrières qu’ils s’étaient imposées, progressivement se levèrent. En se découvrant capables et légitimes dans la fréquentation des environnements qu’ils pensaient interdits, ils gagnèrent en autonomie. Leurs espaces d’autorisation s’agrandissaient, en même temps que l’étendue de leurs explorations. Ils prirent confiance dans leurs capacités à profiter de toutes ces opportunités - avec ou sans leurs enfants. L’envie, nourrie par le souvenir joyeux des expériences partagées, naturellement suivit.

En apportant à mes parents un peu de joie quotidienne, c’est un triple plaisir que nous nous offrions. Celui de partager des moments à leurs côtés, celui de leur faire plaisir et par-dessus tout, celui de les voir renouer avec leur aptitude à la joie. De restaurants en spectacles, de voyages en découvertes, nous dessinions l'air de quelques faveurs, les contours de leur nouveau bonheur.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice