Chapitre 22 : Chez Moi

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Au café, Paris, 2013

— Je ne comprends pas pourquoi tu veux rester dans cette ville. C’est tellement cher. Tu t’imagines élever tes gosses ici ? Tu ne préfères pas que tes enfants puissent jouer dans un jardin, plutôt que de faire les 100 pas dans un 50 m² ? Pour le prix d’un appart à Paris, je t’achète une maison au soleil avec jardin et vue sur la mer.

— C’est sûr, ce n’est pas le même environnement ! Mais bon, rassure toi, je n’ai pas le souvenir d’avoir été si malheureuse dans mon enfance!

— Oui, mais ça, c’est parce que tu n’as pas connu ce que c’était de grandir ailleurs.

— Tu sais, parfois je me dis que si les parents quittent Paris, ils le font davantage pour eux que pour leurs enfants ! Personnellement, je suis trop attachée à la ville. À y vivre depuis toujours, je me suis habituée à ses mauvais côtés et surtout je ne peux plus me passer de ses bons !

— Ah les Parisiennes…

* * *

J’en suis mordue. Paris. La plus belle de toutes. Elle brasse les horizons, les cultures, les âges, les métiers, les styles, les origines, les nationalités, les espoirs, les rêves, les angoisses, les bruits, les odeurs. On s’y énerve sans cesse, on s’y aime passionnément; on s’en lasse parfois, on s’y enlace souvent. Nombreux s’y perdent. Je m’y retrouve. La densité, la pollution, le bruit, la promiscuité s'affichent comme autant d’incitations à la fuite. Année après année, je lui reste pourtant fidèle. Par reconnaissance. Pour l’accueil, sans condescendance, ni évidence, mais riche d’un espoir d’appartenance. Par admiration. Pour sa beauté à chaque coin de rue, sa culture qui émerveille, son histoire qui interpelle. Par confort. Parce qu’après tout, on s’y fait bien. Par amour enfin. Par amour surtout. Parce qu'elle compte parmi ses habitants, ceux qui sont les miens. À la fois, symbole emblématique de la France qu'elle représente et fenêtre vers le monde qu’elle influence, c’est à mes yeux le juste milieu entre l’ancrage et le voyage. Et par dessus tout, c’est chez moi.

Chez moi, ça aurait pu être New York, San Francisco, Londres, Singapour, Bruxelles ou Montréal. Pourvu que ce soit cosmopolite. J’aime pouvoir me mêler à la masse et m’y sentir à ma place. Il existe pour tous, la possibilité de l’anonymat, qui si parfois écrase et isole, aussi soulage et libère. Ni étiquette. Ni nom. Ni surnom. Je suis ici une parisienne comme les autres. Mais derrière cette apparente homogénéité, que de surprises ! Les métropoles offrent un terreau fertile pour les rencontres spontanées, les frictions fructueuses et les opportunités de synchronicité. Pourvu qu’on s’y attache et qu’on y consacre le temps. Ses habitants s’y croisent, et s’y recroisent, façonnant au fil de leurs échanges et de leurs interactions, l’urbanité de la ville.

Ces villes, je les aime pour leurs espaces publics, leurs bancs, leurs parcs, leurs places - ces zones qui n’appartiennent à personne et donc à tous. Ces endroits dans lesquels on va à la rencontre de l’autre et dans lesquels on se sent un. On y partage l’espace, parfois plus, par chance plus : des rires, des envies, des moments de vie. Ces métropoles, ces villes, ces espaces de collision permettent, comment ils incarnent le métissage. Qu’importe que ce soit le fruit de la nécessité, du hasard ou de l’envie. Ils ouvrent par le côtoiement de l'étranger, une fenêtre vers la fraternité. J’ai la conviction que l’attrait qu’elles exercent n’est pas seulement d’ordre économique. Il relève d’une aspiration ontologique. Celle de pouvoir créer, recréer ou inventer un foyer. Celle de pouvoir trouver sa place, ou plutôt de la façonner, en y mêlant ses héritages et ses spécificités.

Dans leur éclectisme et leur mosaïque de récits, ces métropoles recèlent l’espoir de pouvoir s’intégrer sans avoir à s’oublier. Ce qui se dessine dans leur densité, c’est la possibilité de trouver des pairs, qui nous écoutent et nous entendent en toute authenticité. C’est échapper aussi à l’hégémonie réductrice d’un seul modèle auquel chacun devrait se conformer. C’est la chance enfin de “faire partie de”, plutôt que “toléré dans”, qu'importe sa religion, son origine ou sa nationalité. Ce métissage, ces opportunités, cet espoir : c’est ce qui m’attache tant à ces espaces urbains en constante mutation. L’hétérogénéité qu’ils abritent me permettent de m’y fondre avec aisance, d'y contribuer avec assurance.

Le Paris que j’aime n’est pas (seulement) celui des cartes postales, ni (seulement) celui des quartiers branchés. C’est aussi le Paris des boulevards et des périphéries, dont les transformations quotidiennes ne cessent de m’étonner. C’est le Paris qui me valorise, celui qui m'électrise. La maison avec jardin attendra. Mon confort ne trouvera pas dans les m² la même satisfaction que dans ce cosmopolitisme. À l’exigu dans mon appartement, j’ai l’espace pour me déployer. Et pour tout cela, Paris restera, mon plus bel endroit au monde.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice