Chapitre 24 : Ascenseur Géographique

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Chez mes parents, Paris, 2014

— Vous ne voulez pas déménager ?

— Pourquoi faire ?

— Je ne sais pas, maintenant qu’on est tous les deux partis, ça fait grand ici pour vous deux. Et puis en prenant plus petit, vous pourriez vous payer quelque chose de plus sympa, mieux situé, plutôt que de rester dans ce quartier. Vous n’arrêtez pas de dire que le quartier craint de plus en plus et que vous ne vous sentez pas en sécurité ici.

— On est trop vieux pour ça. On ne va pas déménager maintenant. C’est trop fatigant.

— Comme vous le sentez. On peut transformer une des chambres en salle à manger au moins.

— Ça coûterait combien, ça?

* * *

Je pensais qu'un changement d'appartement était un juste corollaire de notre changement de statut. Donner à mes parents un environnement digne de l'ascension sociale que notre famille avait en partie fini par réaliser. Les sortir des tours de béton, de ces quartiers dans lesquels faute de “mieux” sont venus s’entasser les immigrés fraîchement arrivés.

Dans mon esprit, "mieux" c'est mieux situé, plus joli, mieux meublé, plus charmant, plus sécurisé, plus ouvert,...Plus chic quelque part. “Mieux”, selon eux, c’est tout à fait différent. Après des années d’exil, de déménagements forcés, d’abris de fortune et de solutions éphémères, rien ne semble “mieux” que la certitude de ne plus avoir à bouger. Le "mieux", c’est d’avoir une maison, un toit à soi, un foyer dans lequel on se sent bien et qu’on n’aurait pas à quitter. Et ça, c’est déjà bien mieux que tout ce qu’ils avaient durant les décennies passées osé espérer.

Mes parents se sont obstinés à refuser l’attribut immobilier qui prouvait que nous nous en étions sortis. Parce qu’ils ne voulaient pas que l’on gaspille notre argent. Parce que les efforts financiers requis étaient absurdes au regard du supplément de bien-être escompté. Alors que certains se mettent en quête d’une belle maison et d’une belle voiture comme autant de témoins tangibles d’un parcours réussi, mes parents eux, n’ont jamais cherché à apposer un quelconque adjectif à ces biens qu’ils avaient fini par posséder. L’enjeu pour eux n’est pas tant d’avoir une belle maison, que de simplement en avoir une.

Parfois pourtant, je les surprends à rougir de cet environnement inhospitalier dans lequel ils ont créé leur foyer. Eux qui d’habitude se montrent peu sensibles à ce que les autres pensent, aux regards qui trop vite jugent et à l’image que ces cages d’escaliers taguées d’obscénités renvoient. Ils laisseront parfois échapper entre deux moments de vie, l’espoir d’un cadre plus agréable et accueillant, pour y inscrire leur quotidien. Pour autant, ils ne se résoudront jamais à déménager. Pour construire leur maison, ils composeront avec cet environnement quelque peu hostile, comme un sherpa compose avec les reliefs. En place du maximum, ils viseront un optimum que nous, leurs enfants, habillerons de cosmétique. D'un contre-plaqué à un bois laqué, on finira tout de même par y déceler le fruit de nos efforts semés.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice