Chapitre 27 : Familier

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Au café, Paris, 2015

— Alors ce voyage ? Comment c’était ?  

— Très étrange. C’est comme si j’étais revenue à la maison, alors que c’est la première fois que j’y reste plus de quatre jours.

— Tout te semble familier.

— Oui exactement, quelque chose dans l’attitude des gens, dans la manière dont les choses sont organisées, mais aussi quelque chose de plus sensoriel : les sons, les odeurs, la lumière...

— La nourriture ?

— Ahaha, toi et la bouffe ! Mais oui c’est vrai. Quelque chose dans les saveurs peut-être. En tout cas, je ne sais pas d’où ça vient, mais je m’y sens bien. Comme, si j'étais à ma place.

— Rigole, rigole, mais c’est important la nourriture! Regarde, tu n’as pas à te justifier de ce que tu manges ou ne manges pas, ni de comment tu le manges et encore moins de quand tu le manges. En Chine, personne ne se tourne vers moi pour me demander comment on se sert de baguettes. Ni d’une fourchette d’ailleurs. À ce sujet, je n’ai jamais compris pourquoi les occidentaux luttaient autant à manger avec des baguettes, alors que les Chinois s’en sortent très bien avec des couverts. Tu m’étonnes que la Chine devienne la première puissance mondiale... enfin !

— Ahahah, pas faux ! En tout cas, je n’ai plus le sentiment d’être en minorité. Ce qui est quand même étrange, vu que je ne parle pas du tout la langue. Ça te parle?

— Oui. Ça me parle.

* * *

Ma quête identitaire ne saurait se résumer à un parcours solitaire le long de ma lignée héréditaire. Il se nourrit des expériences des autres, de ces débats et de ces discussions qui forgent les amitiés. Celles partagées avec mes amis qui comme moi sont enfants d’immigrés, y occupent une place singulière. Nous sommes nombreux. En France et partout ailleurs. Tantôt enorgueillis de notre multi-culturalité, tantôt perdus dans les méandres de l’entre-deux. Quelles que soient les spécificités qui caractérisent nos histoires familiales, nos pays d’origine et nos parcours d’intégration, subsiste une connivence qui relie ceux qui peinent à se revendiquer d’une seule et même culture.

Chacun compose du mieux qu’il peut avec cette hybridation forcée. Chacun noue avec les pays d’origine un rapport ambivalent, fait de familiarité et d’étrangeté. Chacun s’interroge sur le meilleur endroit pour y faire sa place. Ensemble, nous nous retrouvons autour des sujets qui individuellement nous animent, comme cette relation ambigüe que chacun entretient avec son pays d’origine.

Nos élans vers ces terres portent l’intensité des souvenirs que nos familles en ont gardé. En cultivant l’imaginaire et en perpétuant les rituels de la culture primordiale, nos parents auront entretenu l’envie d’un jour mieux nous y plonger.

J’ai évolué depuis ma plus tendre enfance au coeur de référentiels chinois - la cuisine et la langue comme principaux marqueurs; la musique et les cérémonies, comme toile de fond. Une immersion telle que mon premier séjour en Asie fit naître malgré son caractère inédit, une forte impression de déjà-vu. Cette sensation, c’est celle agréable de ressentir une évidence, comme une preuve du lien à notre terre d’origine, qui s'affranchirait des kilomètres qui nous séparent et du vécu personnel qui nous manque. C’est aussi celle plus pénible de ne pouvoir se définir clairement - ni vraiment locale, ni réellement étrangère. C’est enfin la peur de ne jamais se sentir chez soi. Où que l’on aille. En somme toute, une position ambiguë et ambivalente qui aurait été source de bien plus de solitude, si je n’avais pas eu la chance de la partager avec mes proches.

Par partage, j'entends les opportunités d’échanges autour de ces ressentis, de ces envies et de ces doutes. Je signifie aussi par là, le fait d’avoir cette hybridation en commun. Les défis et questionnements auxquels nous sommes également confrontés forment le terreau d’une compréhension tacite, en même temps qu'ils esquissent les contours d’un soutien mutuel. Notre condition semblable d’enfants d’immigrés créé un climat d’empathie dans lequel nos tourments identitaires peuvent librement s’exprimer. Les questions qui usuellement prennent des airs de défis peuvent dans ce cadre se poser sans audace : “Tu te sens bien, ici?”, “Tu penses qu’on serait mieux là-bas?”, “Ça te manque?”, “Tu penses y retourner?” ou dans sa version affirmative : “Je me sens tellement perdue.”. L’inconfort dévoilé perd un peu de sa virulence.

L’écho que je trouve dans ces tonalités asiatiques, moyen-orientales ou africaines réduit mon sentiment d’errance, comme il forge mon sentiment d’appartenance. Non pas à une ethnicité unique cantonnée à ses frontières, mais à un métissage multiple portée par un même objectif : celui de trouver son identité, au-delà de sa nationalité.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice