Chapitre 31 : Antinomie

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Chez moi, Paris, 2015

— Et dans votre couple, ça se ressent ?

— À quoi tu fais référence ? Notre différence de culture ou de religion ?

— Les deux. Quoique culturellement, on ne peut pas dire que tu ne sois pas Française.

— Oui...Disons, que d’un point de vue pratique, ni la religion, ni la culture n’impacte vraiment notre quotidien. En revanche, c’est sûr qu’on a hérité de perspectives différentes sur les choses. Mais, je trouve que c’est plutôt intéressant d’échanger autour de ces sujets. Ça nous permet de nous enrichir mutuellement sur nos visions du monde !

— Vu comme ça, ça a l’air assez simple.

— Je ne sais pas si c’est simple, mais en tout cas, ça n’a jamais posé problème, enfin…. jusqu’au jour où on nous a dit que ça pouvait poser problème.

* * *

Ça aurait pu être plus compliqué. Nous aurions pu chacun être très pratiquant. Chacun issu de communautés réputées irréconciliables. Chacun inflexible sur ce que nous attendions l’un de l’autre. Chacun vissé à un idéal de type, construit sur des critères de principe. Ce n’était pas le cas. Certains y voyaient une chance, quand j’y voyais un acquis. Il ne m'était pas encore apparu qu'une vie de couple à Paris en 2015, puisse être contrariée par des raisons religieuses. Et encore moins que cela puisse être un problème auquel je serais moi-même confrontée. Ma surprise allait être grande.

Je n’avais jamais considéré faire partie de ces “autres”, ceux qu’on nomme, ceux dont on se méfie, ceux qu’on préfère maintenir à distance. Non pas tant par orgueil que par ingénuité. Je me croyais fondamentalement égale à chacun - présomptueusement unique, mais jamais “autre”. Tout ça, jusqu’à ce qu’on vienne me suggérer le contraire. L’altérité se décrète, plus qu’elle ne se révèle.  

Les séries de questions et de doutes suggérés m’ont amenée à remettre en cause cette évidence. Les différences que je considérais enrichissantes devenaient tout d'un coup menaçantes. Face à ma candeur originelle, on me précisera parfois : “Il y a différence et différence.”. Décryptons. “Il y a des différences qui comptent plus que d’autres.”. Décortiquons. “Vos différences de cultures et de religion. Ça ne marchera pas.”. Voilà, nous y sommes. Je ne suis pas du bon côté.

Ainsi mise à l’écart, mais placée au centre du débat, je m’interroge sur les fondements censés faire de l’ethnie, de la couleur de peau ou de la religion, les critères dominants pour juger de la viabilité d’une relation. Sur quels arguments cette primauté s’appuie-t-elle ? Sur la base de valeurs ? Ce serait renoncer à la forme universelle de notre humanisme. Sur la perspective d’un quotidien empêché par les pratiques culturelles et religieuses? Ce serait renier à l’amour sa capacité créative et sa force de conciliation. Alors, en quoi ces critères seraient-ils plus déterminants que les affinités qui attirent et relient ces milliers de couples mixtes ?

J’avais toujours considéré que l’essentiel était ailleurs et qu’au-delà des catégorisations d’usage, la communion pouvait se situer à bien d’autres niveaux. Pourtant, il fallait me rendre à l’évidence. 1/ Le point de vue n’était pas partagé de tous. Et 2/Je ne serai ni la première, ni la dernière à l’apprendre à mes dépens. L’altérité semblait réduire mon identité tout entière à mon héritage, quand elle osait dépasser mon apparence. Aller au-delà de cette essentialisation supposait de la capacité à remettre en cause ses croyances et par dessous tout de l’envie de le faire. Une envie, qui se commande aussi mal qu’elle se feint.

Il ne me restera plus en recours qu’à inviter ces autres à se focaliser sur ce qui nous rapproche, plutôt que sur ce qui nous éloigne. Et pour les aider, à construire des ponts qui lient nos divers horizons. Ces ponts que nous hybrides savons concevoir peut-être mieux que quiconque. Ces ponts qui tout en aidant à surmonter les obstacles, nous permettent de prendre de la hauteur. Ces ponts sur lesquels se croisent et se rencontrent ceux venus de différents territoires. Libre ensuite à chacun de les emprunter. Personnellement, j’en suis convaincue - ce sont depuis les passerelles, que l’on admire le mieux chacun des rivages.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice