Chapitre 33 : Transmission

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Au bar, Tel Aviv, 2016

— C’est important pour toi d’épouser un juif ?

— Oui je crois. Je ne suis pas bien sûre, mais je crois que oui.

— Qu’est ce qui te fait dire ça du coup ?

— Je ne sais pas trop. Je ressens le devoir de transmettre cette culture, cette religion à mes futurs enfants. Et je ne suis pas sûre que je puisse porter cette responsabilité seule, sans l’aide d’un mari juif.

— Toi, superwoman, pas capable de faire quelque chose de manière autonome ?

— Ce n’est pas pareil. J’ai juste envie que ce soit simple et évident au quotidien. Que l’histoire qu’on racontera aux enfants soit cohérente. Qu’ils aient des repères stables.

— Je comprends. Et tu penses que tu ferais ça pour qui? Pour toi, tes enfants, tes parents ?

— Pour moi. Enfin, ce n’est pas comme si on pouvait segmenter aussi facilement.

— Tu as raison.

— ….C’est avant tout pour moi je pense. Fonder un couple juif, c’est aussi un moyen de me rapprocher de ma culture, de mieux me l’approprier, de pouvoir recréer un quotidien autour de ça. Si j’épouse un non-juif, j’aurais l’impression d’une dilution.

— Et si au lieu d’une dilution, tu le voyais comme un enrichissement mutuel ?

— Oui, c’est un autre point de vue...

* * *

On ne choisit pas toujours ce que l’on transmet, encore moins ce que l’on reçoit. Qu’importe ce dont il s’agit - d’histoires, de références, de chansons, de recettes, de mots, de traditions, de coutumes, d’habits, de photos, de récits, d’accents, d’habitudes, de conflits, de paradoxes, d’oublis, de revanches, de remords, de regrets, d’envies, de rêves, de traumas...- une mémoire nous parvient, avant même qu'on l'ait identifiée comme telle. Cette mémoire, c’est celle de notre famille, celle de nos ancêtres, celle qui a traversé les siècles et qui reste vivante à travers nous. C’est un étrange phénomène que la transmission héréditaire. Elle qui s’affranchit du prosélytisme et du contrôle, qui trouve ses voies de passage entre les tentatives d’effacement.

Aussi loin que je me souvienne, mes parents n’ont jamais entrepris d’efforts pour m’éduquer à la culture chinoise, ce qui n'a jamais empêché leur histoire et leur héritage d'imprégner mon identité. Ces repères auraient pu découler de la pratique de rituels ou encore d’enseignements formels. C’est dans l’implicite qu’ils se sont manifestés. Leur manière d’appréhender le quotidien, d’interagir avec le monde et de faire leurs choix furent les marqueurs les plus structurants de mon éducation. Mille et un petits signes apparemment anodins venaient chaque jour témoigner de ce que mes parents avaient à coeur de me transmettre. Le devoir filial, le respect des ancêtres, la place centrale de la famille, la constance du changement, le temps cyclique, la recherche d’équilibre, le juste milieu,...Leur philosophie n’a pas tant été l’objet d’apprentissages théoriques, que le fil conducteur de leur initiation empirique. On n’éduque pas ses enfants. On leur montre l’exemple.

S’il est difficile de distinguer ce qui relève spécifiquement de ma famille, de ce qui découle de la culture traditionnelle, je ne peux que reconnaître l’influence majeure que cette dernière a eu sur moi. Une prise de conscience tardive, puisque ce n’est qu’au moment où je me plonge dans l’étude des textes classiques, que je prends la mesure de tout ce dont j’ai tacitement hérité. Les écrits confucianistes, taoïstes et bouddhistes me permettaient de redécouvrir sous un angle académique les principes ayant régi mon éducation et de mieux en comprendre les fondements. La théorie qui sous-tendait ce que chaque jour j’expérimentais, se dévoilait les pages courant. Je mis des noms et des mots sur les concepts qui avaient contribué à me façonner. Je me révélai à moi-même à travers l’étude de ces courants de sagesse et saisis le rôle majeur que les millénaires de culture chinoise avaient joué dans ma construction.

À l’heure où la question de transmettre à mon tour pourrait se poser, je suis comme nombre de mes amis, préoccupée par l’impact qu'un métissage pourrait avoir sur la continuité de mes héritages. D'une certaine manière, la perspective prise sur mon propre cheminement aura permis d'apaiser ces doutes. Pas tant que mes explorations m’aient rendue plus érudite en la matière, plus à même de la transmettre. J’ai simplement abouti à la conclusion que l’essentiel dépendait avant tout de moi. À l’instar de mes parents, j’ai développé la certitude que les comportements incarnés restaient les meilleurs véhicules des doctrines que l’on souhaitait enseigner. Ma manière d’être au monde sera le plus puissant relais de mon patrimoine culturel. Et ce, non pas malgré mon hybridation, mais quelque part grâce à elle.

L’immersion au coeur de plusieurs cultures invite à jeter un œil neuf sur chacune d’entre elles et, fort des questionnements que les unes posent aux autres, appelle à un processus de réappropriation. Sans doute ne me serais-je jamais autant intéressée à mes héritages, s’ils n’avaient pas été inscrits dans un environnement qui leur était si différent. L'hybridation invoque davantage une prise de hauteur, qu'une mise à distance. Le va-et-vient entre plusieurs cultures m'a mise au défi de les interroger chacune, afin de pouvoir par la suite mieux s’en saisir. L’instabilité dynamique ainsi provoquée est vertueuse. Loin de sombrer dans le piège de la dilution, le métissage porte en son coeur, la promesse d’une épanouissante renaissance.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice