Chapitre 36 : Cuisine

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Par téléphone, Hong Kong/Paris, 2017

— Tu porteras une tenue traditionnelle chinoise pour ton mariage ?

— Je pensais mettre une qipao rouge pour la mairie et une robe blanche pour la cérémonie.

— Canon ! Tu comptes faire une cérémonie chinoise aussi ?

— À voir. Une cérémonie du thé, sans doute.

— Cool! Je trouve ça génial de pouvoir découvrir une autre culture à travers un mariage.

— T’inquiète pas. Il y a une chose à laquelle je ne veux et ne peux absolument pas déroger. Tu vas pouvoir découvrir l’aspect le plus important de la culture chinoise !

— Quoi donc ?

— La nourriture !

* * *

Qui cuisine les mets d'un pays, s’en rapproche un peu plus. Si la formule a une portée universelle, elle s’érige en véritable hymne national pour la Chine; car être Chinois, c’est avant tout manger chinois. Pour construire un pont avec ma famille, mieux vaut s’armer de baguettes que d’un livre d’histoire. La culture d’un pays est en effet chose vivante, incarnée dans le quotidien : elle se respire, se goûte, se mange, se ressent, se parle – plus qu’elle ne s’étudie. Le partage d’un repas à la mode locale s'affiche comme un passage obligé d'une immersion asiatique digne de ce nom, comme un rituel central à l'intégration.

Qu’il s’agisse des plats concoctés par ma mère ou des restaurants offerts par mon père, mon paysage culinaire familial est essentiellement chinois. Nos repas sont faits de riz blanc, de rôtisseries laquées, de légumes sautés, de bouchées vapeurs, de raviolis grillés, de nouilles en soupe, d’aubergines en sauce, de travers de porcs caramélisés, de pâtes de riz farcies, de liserons d’eau, de boeuf loc lac, de poulet au gingembre, de riz à la tomate, de lamelles de boeuf marinées, de champignons noirs, de soupes aigres au poisson, de fondues chinoises, de brioches garnies, de potages de riz, de toasts de crevettes, de beignets de crabes, de dorade vapeur et de bar grillé,... le tout généreusement accompagné de thé vert.  

Au-delà des plats qui le composent, chaque repas renferme en lui une infinité de codes et de symboliques propres à une culture : l’heure du repas, sa durée, la forme de la table, le mode d’assise, le service (individuel ou en partage), les règles de politesse, l’ordre des mets, le fond sonore, jusqu'aux modalités de paiement. Chez mes parents, on se réunira autour d’une table ronde ou plus précisément, légèrement ovale. On la couvrira d’une multitude de plats dans lesquels tour à tour on se servira. On disposera chacun d’un bol de riz blanc, qu’on remplira à discrétion le repas allant. On assaisonnera les plats avec du vinaigre, du "Maggi" et du piment. On veillera à servir d’abord l’autre, avant de se servir soi, et on ouvrira le repas en déclamant “慢慢吃” (man man chi) et “来来“ (lai lai) - deux formules consacrées, qui somment les convives de commencer rapidement à manger lentement. Au restaurant, on choisira collectivement le menu, on commandera sûrement un peu plus que nécessaire et par dessus tout, on se disputera l’addition.

Être née entre deux cultures, c’est pouvoir passer d’un système à un autre sans peine et prendre place aux tables françaises comme asiatiques sans appréhension. Dans un cas comme dans l'autre, la table s'affiche comme un puissant vecteur de liens et de découverte. La gastronomie est dotée de cette formidable faculté à souder une communauté au-delà des différences, s'érigeant de fait comme un ingrédient primordial au partage et à l'ouverture. Elle a la capacité de construire des ponts aussi solides que réjouissants vers l’altérité. Dans le cadre d’un mariage mixte, le repas célébré s’impose ainsi comme un élément clé. Derrière les modalités pratiques et gustatives du dîner, se joue en fait la possibilité de faire coexister les cultures et de rendre honneur à chacun des héritages. Reste simplement à composer le bon menu, pour que de cette rencontre émerge un tout aussi savoureux mélange.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice