Chapitre 43 : Syncrétisme

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Chez mes parents, Paris, 2011

— Et ici ? C’est ta chambre d’enfant ?

— Oui, enfin c’était. Comme tu le vois, ça s’est transformé en lieu de stockage depuis. Figure toi, qu’en dessous de tout ce bazar, il y a de la moquette au plancher !

— Sans rire ?! Au fait, je peux te poser une question ? C'est normal qu'il y ait une figurine de la Vierge Marie sur ton étagère, juste à côté d'une tête de Bouddha ?

— Oh longue histoire…À son arrivée en France, ma mère a été accueillie dans un couvent de bonnes soeurs en tant que réfugiée politique. Depuis, elle n'a jamais cessé de cultiver une grande gratitude envers la religion chrétienne, et ce qu'on pourrait appeler une certaine forme de foi...

— Mais tes parents sont bouddhistes à la base, non ?

— Oui, enfin disons qu'ils voient ça plutôt comme une culture que comme une religion.

— Mais ils vont bien à la pagode?

— Ils y vont de temps en temps, mais davantage pour y retrouver la communauté.

— Je vois… Et du coup, le soir, tu priais qui pour réaliser tous tes bons rêves d’enfant ?

— Oh tu sais, les Chinois sont pragmatiques. Il faut maximiser les chances. Peu importe le Dieu, du moment que ça marche !

* * *

Et si la réponse avait toujours été là ? Sous mes yeux ? Ma quête d’identité aurait pu s’arrêter court. Il aurait suffit de me replonger au coeur de la pensée chinoise ou simplement me rappeler à cette étagère d’enfance. J’y aurais retrouvé le syncrétisme, cette philosophie chère aux Chinois, qui rapproche différentes doctrines pour en initier de nouvelles. Le mélange d’influences, qui accommode sans crainte les principes fondateurs d'idéologies multiples, a toujours été considéré en Chine comme une solution pragmatique pour réconcilier les antagonismes. Pourquoi choisir quand on peut tout avoir à la fois ? Les plus conservateurs s’en offusqueront probablement, mais si on peut garder le meilleur du bouddhisme, du confucianisme et du taoïsme, voire du christianisme, alors pourquoi s’en priver ? C’était aussi simple que ça.

Dans ma jeunesse, les courants culturels, linguistiques et religieux se mêlaient avec une naïve évidence et une étonnante souplesse. Dans cette zone de confluence, il n’était jamais question de choix. À défaut de s'accorder autour d'une voie unique, les Chinois ont préféré créer leur vision des choses en mélangeant différentes pensées, sans s'encombrer de la rigueur censée les départager. Si les versions originelles ne les satisfaisaient pas tout à fait, il leur suffisait de les amender. Le mariage des genres et la cohabitation des divergences se sont affirmés comme les vecteurs d'une manière d’être au monde.

À l'encontre de nos habitudes qui prêchent l’immuabilité et la cohérence, le syncrétisme et ses déclinaisons peuvent amener à des pratiques jugées cocasses, sinon déconcertantes. Dans les temples bouddhistes chinois, on verra sans surprise la représentation de généraux victorieux côtoyer celle de divinités locales. On ne s'étonnera pas davantage de compter parmi les offrandes traditionnelles, des répliques papier des derniers smartphones et des liasses de dollars cartonnés.

Dans une culture fondamentalement imprégnée de changement, il apparaît légitime de faire évoluer les traditions au rythme des transformations du monde. L’influence réciproque d’un héritage passé et d’un environnement présent encourage, comme elle stimule la créativité des Hommes. Un processus d’autant plus prisé par les Chinois immigrés, qui s’attachent à réinterpréter les mythes, les croyances et les pratiques de la culture endogène, dans l'espoir de pouvoir mieux les intégrer. De ces associations hétérogènes et hasardeuses naissent de nouveaux repères identitaires, reflétant chacun l’évolution d’une population. À la fois marquage culturel et stratégie d’adaptation, l'hybridation devient à son tour constitutive de la diaspora.

De quoi largement soulager mes questionnements identitaires. Car, si l’on peut sans tracas s’adresser à Bouddha et à la Vierge Marie dans une même prière, rien ne semble pouvoir m'empêcher d’être la fois Chinoise, Cambodgienne et Française dans un même moment.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice