Chapitre 9 : Patchwork

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Sur WeChat, Paris, 2017

— Carine, tu es de retour ? Tout va bien ? Tu viens dîner à la maison quand tu as moment ? Tu nous as manqués en tout cas !
— Oui, je suis de retour ! On peut déjeuner ensemble samedi prochain !
— Tu écris bien en chinois dis donc ! C'est super comme tu as progressé ! Courage, continue comme ça !
— Oui, petit à petit. En révisant un peu tous les jours, je ne peux que m’améliorer !
— C'est ça  !

* * *

Il paraît que l’innovation naît d'un environnement de contraintes. Dans mon cas, ce n'est pas vraiment ce qu'il manque. Entre des parents qui maîtrisent timidement la langue d'accueil et des enfants qui oublient progressivement la langue d'origine, l'espace linguistique ainsi ouvert laisse toute place à la créativité.

Nos conversations de famille se tiennent dans un jargon fait de différents langages. On usera dans une seule et même phrase du français, du teochew, du mandarin et de toutes leurs déclinaisons approximatives. Et si les mots malgré ça font encore défaut, nous aurons recours à leurs relais digitaux - images, photos, vidéos, gifs et autres émoticônes substitutives. 

Nos assemblages lexicaux ont mué avec le temps. Ils ont évolué suivant nos capacités respectives et les technologies supports à nos conversations. Chaque période de notre vie de famille était l'occasion d'une réinvention.

J'ai gardé de mon enfance le souvenir d'une évidente aisance, dans laquelle les langues venaient s'articuler avec une fluidité bavarde. Les échanges se tenaient simultanément en français et en chinois, sans que cela en perturbe le sens. Les années passant, l'usage du teochew s'estompa. Le français prit dans nos conversations la place dominante que jamais il ne quittera. Faute de vocable partagé, nos conversations finirent par s'écourter. L'adolescence et son emblématique mutisme vinrent naturellement y mettre fin.

Il fallut attendre les années étudiantes pour que le dialogue se rétablisse. Livrées sous forme écrite, mes aventures à l'étranger étaient désormais disposées à être traduites. Les réponses de mes parents, formulées en chinois, l’étaient tout autant. Le caractère asynchrone de nos échanges, comme le temps long qu'il permettait, étaient devenus les vecteurs de notre compréhension mutuelle.

La popularisation des applications de chat et des outils de traduction amplifia la bascule qui s'opérait de l'oral vers l'écrit. Les correspondances virtuelles laissaient le temps à chacun de trouver ses mots, d’en vérifier le sens et d'y répondre avec soin. Les phrases se firent plus longues. Les discussions plus profondes. 

Animée par le souhait d'échanges plus spontanés, je fus prise de l'envie de dépasser ces solutions de fortune et de regagner mes langues d'origine. Adulte, je me remis à l'apprentissage du chinois, enclenchant par ma démarche, un retour vers le passé. Car la tentative n'est pas inédite, elle se contente de faire écho à un premier essai trop tôt avorté.

N'ayant pas réussi à me contraindre au teochew, mes parents avaient entrepris de m'initier au mandarin dès l'âge de 5 ans. Le projet ne me séduit pas. L'apprentissage d’une langue qui n'est parlée ni chez moi, ni à l’école, me semble à bien des égards déplacé. Les caractères me demeurent étrangers et je ne parviens pas à m'en imprégner. Je finis par délaisser mes cours de langue pour mes cours de danse et prends du haut de mes 103cm les deux décisions qui vont impacter le reste de ma vie: celle de faire de la danse mon plus puissant moyen d'expression et celle de me couper de la langue chinoise.

Plus de vingt ans ont passé et peu de choses semblent avoir changé. La langue et ses mots continuent à m'échapper. La danse, à gagner priorité. Mais aujourd'hui, la motivation puise ses racines dans quelque chose de plus fondamental. Cette fois, il ne s'agit pas de contenter mes parents, mais de me donner la possibilité de les retrouver.

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Zhe Ling / 薛之琳

32 ans. 3 cultures. 2 nationalités. 1 recueil. Sa vie est à l’image de ces chroniques. Bâtarde et en cours de réalisation.
À propos de l’autrice